Guerre en Ukraine : progression russe renforcée dans l’Est et incertitudes autour d’une percée stratégique

Une avancée russe notable en 24 heures
Selon une analyse de l’AFP basée sur les données de l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), en collaboration avec le Critical Threats Project (CTP), les forces russes ont réalisé mardi leur plus importante progression en une seule journée depuis plus d’un an. Cette dynamique s’inscrit dans une accélération globale observée depuis plusieurs semaines.
Depuis avril, la Russie avance chaque mois à un rythme supérieur au précédent. Entre le 12 août 2024 et le 12 août 2025, plus de 6 100 km² ont été conquis, soit quatre fois plus que sur la même période précédente. Ce gain représente environ 1 % du territoire ukrainien d’avant-guerre, incluant la Crimée et le Donbass. Moscou contrôle aujourd’hui, partiellement ou totalement, environ 19 % du territoire ukrainien.
Pression accrue autour de Pokrovsk
D’après des cartes publiées par le site d’analyse militaire DeepState, les troupes russes ont progressé d’environ dix kilomètres au nord-est de Pokrovsk, un secteur stratégique de la région de Donetsk. L’état-major ukrainien a indiqué mardi que des combats se déroulaient à Koutcheriv Iar, localité située il y a peu encore plusieurs kilomètres en retrait du front. Le lendemain, Moscou a affirmé avoir pris Nykanorivka et Souvorové, au sud-ouest de Dobropillia.
L’ancien officier ukrainien Tatarigami_UA, fondateur de Frontelligence Insight, souligne sur X qu’il est « trop tôt » pour parler d’une percée opérationnelle, tout en admettant qu’il existe des motifs d’inquiétude. Selon lui, plus de 100 000 soldats russes seraient concentrés vers Pokrovsk. Il décrit un processus offensif reposant sur l’identification d’un point faible, son élargissement, puis l’exploitation tactique. À ce stade, seule la première phase serait pleinement réalisée.
Analyses et mises en garde
Michael Kofman, analyste de défense à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, considère lui aussi que la situation est encore incertaine, tout en jugeant plausible un retrait accéléré des forces ukrainiennes si la progression russe se confirmait. Les villes de Druzhkivka, Kramatorsk et Sloviansk pourraient être concernées par de nouvelles menaces.
Une offensive d’été qui redessine le front
Des reportages, notamment publiés par CNN, font état d’avancées russes constantes, bien que lentes, dans l’Est. De petites unités au sol appuyées par des drones auraient désormais la capacité de frapper jusque dans des zones précédemment perçues comme sûres, comme Dobropillia.
Plusieurs militaires ukrainiens, cités anonymement, évoquent la crainte d’un encerclement de Pokrovsk, mais aussi de Kostiantynivka et, plus au nord, de Koupiansk. La perte de ces positions stratégiques rendrait plus vulnérables d’autres centres urbains et ouvrirait des axes profonds vers l’intérieur du pays.
Facteurs internes et critiques sur le commandement
Certains analystes mettent en avant des difficultés structurelles dans la défense ukrainienne, comme le manque de cohésion des lignes ou l’engagement d’unités en sous-effectif prolongé. Le maintien de positions même en situation défavorable, sans recul tactique, est également signalé comme facteur d’épuisement des forces.
Une enquête du Wall Street Journal rapporte des témoignages de militaires évoquant un retour à une organisation fortement centralisée, inspirée de l’ère soviétique, limitant l’initiative locale et compliquant l’adaptation aux conditions changeantes du front. Des critiques visent le général Oleksandr Syrsky, commandant en chef depuis 2024, accusé par certains soldats de privilégier des assauts coûteux pour des objectifs symboliques.
Une fenêtre politique potentielle
Tatarigami_UA estime que la Russie pourrait approcher le sommet de ses capacités offensives autour de Pokrovsk. La rencontre prévue le 15 août entre Vladimir Poutine et Donald Trump pourrait inciter Moscou à intensifier ses actions militaires afin de renforcer sa position dans d’éventuelles discussions. Selon cet ancien officier, le moment serait jugé favorable par Moscou pour maximiser ses gains territoriaux, en mobilisant sans retenue ses réserves.
Les jours à venir permettront de déterminer si cette poussée se maintiendra ou si elle marque déjà l’apogée des capacités offensives russes actuelles.