Érosion côtière en Normandie : maisons et patrimoine menacés par le recul des falaises

Érosion côtière en Normandie : maisons et patrimoine menacés par le recul des falaises

Sur la côte d’Albâtre, en Seine-Maritime, la progression de l’érosion inquiète habitants et élus locaux. À Quiberville-sur-Mer, certaines habitations se retrouvent désormais à seulement quelques mètres du vide.

Un recul des falaises observé depuis des décennies

Installée à Quiberville-sur-Mer depuis 2007, Brigitte témoigne de son quotidien face au phénomène géologique : elle explique avoir le sentiment que l’érosion s’accélère. Malgré cette situation préoccupante, elle affirme garder espoir, estimant qu’il existe toujours des solutions d’adaptation.

Selon Jean-François Bloc, maire de la commune, les projections indiquent que 18 à 20 habitations pourraient être concernées par le recul des falaises de craie au cours des 20 à 25 prochaines années. L’élu rappelle qu’en soixante ans, la côte a déjà reculé de 50 à 60 mètres, parfois par à-coups, avec certaines années stables suivies de phases d’effondrement brutal pouvant atteindre dix mètres d’un coup.

Conséquences locales et projets d’aménagement

La commune a déjà payé un lourd tribut à l’érosion : l’ancien camping municipal, endommagé par une inondation, a été déplacé et reconstruit plus loin. Aujourd’hui, des travaux d’aménagement sont en cours pour reconnecter le fleuve local à la mer. Le projet représente un investissement estimé à 9 millions d’euros, soit plus de dix fois le budget annuel de Quiberville-sur-Mer.

Un appel à la solidarité nationale

Le maire insiste sur la nécessité d’un soutien financier dépassant le cadre municipal. Alors que le budget 2026 de l’État est en cours de préparation, plusieurs élus du littoral plaident pour la création d’un fonds d’urgence spécifique. Jean-François Bloc souligne qu’il n’est pas envisageable que la charge repose uniquement sur les habitants des communes côtières et appelle à une solidarité nationale.

Patrimoine historique en sursis à Varengeville-sur-Mer

À une quarantaine de kilomètres de là, à Varengeville-sur-Mer, c’est l’église Saint-Valery qui se retrouve menacée par le recul de la falaise. Construite au XIᵉ siècle, elle était alors implantée à près de 800 mètres du rivage. Aujourd’hui, il ne reste plus que quelques dizaines de mètres entre l’édifice et le bord de la falaise.

La commune a évoqué plusieurs solutions, allant du démontage pierre par pierre à un déplacement sur rails d’un kilomètre en arrière. Mais les estimations, dépassant les 20 millions d’euros, rendent ces options irréalistes pour une municipalité de cette taille. En revanche, la relocalisation progressive des tombes du cimetière voisin est envisagée comme une priorité.

Une adaptation face à une évolution inévitable

Pour Arnaud Gruet, conseiller municipal, les habitants semblent accepter peu à peu l’idée d’une perte inéluctable du site à long terme. Selon lui, cette résilience illustre la manière dont la population se prépare psychologiquement aux effets futurs de l’érosion sur ce monument emblématique de la côte normande.