Offensive russe en Ukraine : avancées rapides près de Pokrovsk et inquiétudes sur un possible encerclement

L’est de l’Ukraine connaît une intensification des combats, marquée par une progression russe notable au cours des dernières semaines. Selon une analyse réalisée par l’AFP à partir des données de l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW) et du Critical Threats Project (CTP), la Russie a enregistré mardi sa plus importante avancée en une seule journée depuis plus d’un an.
Une progression mensuelle accélérée
Depuis avril, la cadence des gains territoriaux russes s’est accélérée, avec une superficie de plus de 6 100 km² gagnée au cours des 12 derniers mois, soit quatre fois plus que l’année précédente. Malgré cette progression, cela représente environ 1% du territoire ukrainien d’avant 2022. Dans l’ensemble, la Russie contrôle aujourd’hui totalement ou partiellement près de 19% du pays, incluant les zones de Crimée et du Donbass.
Un point de tension stratégique : Pokrovsk
Les cartes publiées par le site d’analyse militaire DeepState confirment des avancées de plusieurs kilomètres au nord-est de Pokrovsk, une ville-clé de la région de Donetsk. L’état-major ukrainien a signalé des combats autour du village de Koutcheriv Iar, autrefois en retrait du front. Parallèlement, Moscou a revendiqué la prise de Nykanorivka et Souvorové, proches de la garnison ukrainienne de Dobropillia.
Des experts divisés sur une véritable percée
Pour Tatarigami_UA, ancien officier ukrainien et fondateur de l’organisme Frontelligence Insight, il est prématuré de parler de « percée opérationnelle », même si la situation est jugée préoccupante. Selon lui, l’offensive russe près de Pokrovsk pourrait évoluer vers une percée si la brèche ouverte dans les défenses ukrainiennes était élargie et exploitée. L’analyste estime qu’un regroupement d’environ 100 000 soldats russes accroît le risque d’une intensification des combats locaux.
De son côté, Michael Kofman, chercheur à la Fondation Carnegie, estime également que la situation reste incertaine mais qu’un retrait ukrainien accéléré demeure une possibilité. Les villes de Druzhkivka, Kramatorsk et Sloviansk pourraient être menacées en cas de progression plus large.
Une offensive d’été qui redessine le front
Les derniers développements s’inscrivent dans une offensive estivale russe caractérisée par des avancées graduelles. CNN soulignait récemment que de petits gains tactiques s’additionnent et pourraient modifier l’équilibre du front. Des drones russes atteignent désormais des secteurs auparavant considérés comme sûrs pour Kiev, tels que celui de Dobropillia.
Plusieurs officiers ukrainiens, cités par le média américain, redoutent un encerclement possible de villes comme Pokrovsk, Kostiantynivka et Koupiansk. Une telle évolution compliquerait la défense du nord du Donetsk et pourrait dégager des forces russes pour de nouvelles offensives vers Kramatorsk ou Sloviansk.
Des difficultés internes côté ukrainien
Des experts soulignent également des faiblesses structurelles dans l’organisation militaire ukrainienne. Michael Kofman mentionne le manque de cohésion défensive et une politique de maintien coûteux des positions. Des témoignages publiés par le Wall Street Journal décrivent une armée revenue à des méthodes centralisées héritées de l’époque soviétique, avec des initiatives locales limitées et un commandement très directif.
Ces critiques visent notamment le général Oleksandr Syrsky, nommé en 2024 commandant en chef des forces armées. Sa gestion de la bataille de Bakhmut lui a valu des reproches concernant des assauts jugés coûteux pour des objectifs symboliques et un refus de retraites tactiques, perçu par certains soldats comme un facteur aggravant des pertes.
Une intensification à visée politique ?
Pour certains analystes, dont Tatarigami_UA, la Russie pourrait chercher à atteindre le maximum de ses capacités offensives autour de Pokrovsk avant la rencontre prévue le 15 août entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Dans cette perspective, Moscou chercherait à accentuer la pression afin d’apparaître en position de force dans d’éventuelles négociations.
Les prochains jours devraient indiquer si l’armée russe a encore la capacité de pousser son offensive ou si elle a déjà atteint son point culminant en termes d’engagement de forces.
Tristan Hertig